vendredi 18 octobre 2013





Pluie qui roule


J’aime bien marcher sous la pluie. J’aime bien me trempée de la tête aux pieds, aller sous la grisaille pleurante des rues sombres. La ville n’est plus que liquide. Elle dégouline, elle se désagrège, se dissout absence humide. J’aime bien danser. Surtout sous la pluie. Je dégoutte de la tête aux chaussettes. Immergée, perdue dans les flaques. Je me parle tout doucement dans ma tête mouillée, dans mon cerveau ravagé d’orages. Inondé de flots inconnus. Je psalmodie des ondes englouties en sautant dans l’eau trouble de la rade plaintive, la rue poisse et englue.
Je marche en chantant des mots imbibés. Mes mirages ruissellent, le déluge coule, afflue de mes yeux tandis que mes pieds dansent éclaboussant de boue le pavé qui vacille. Les vitrines sont des rivières aux étalages dérivant et le fleuve dévaste les devantures aqueuses de mes prunelles.
Je danse, me parle doucement, je m’entrouvre comme un calice qui cherche à se remplir. Je suis une coupe qu’on va peupler de vagues et l’averse envahie mon âme. Je me déploie de plus en plus pour recueillir les torrents de mémoire.

J’aime marcher dans les rues sombres de ma ville quand  la pluie battante frappe aux carreaux douteux. Quand les gouttes explosent en gerbes, quand ses fleurs liquides martèlent mes chaussures. Mes pieds se liquéfient, ma robe flotte comme les voiles d’un bateau qui s’envole. Les océans me submergent et je danse sous les averses qui tourbillonnent.
J’aime bien marcher sous la pluie quand la nuit brille, vibre de reflets fluides. Les arbres ondoient, renversés dans les flaques et je grimpe au miroir des arbres, m’accroche tranquille aux cascades des gouttières. Je ne sais pas pourquoi les gouttières sont toujours éventrées ? L’eau s’échappe sur les trottoirs sans but précis et l’eau fait des rivières dans les rues des villes. Les trottoirs sont des ruisseaux où flottent nos espoirs, nos pauvres petits espoirs comme des bateaux de papier journal. Le journal c’est comme du papier buvard, ça boit. Ça ingère Tellement de vies ! Ça coule tout de suite. Trop plein de malheurs, trop chargés de découragements, trop imprégnés de chagrins, de cris bruinant.
Je n’aime pas m’arrêter pour regarder les bateaux en papier journal qui croulent de douleurs. Je n’aime pas ramasser tout déliquescent les petits bateaux tristes que les enfants ont poussés dans les caniveaux, bouillonnants de candeur déçue ! Je n’aime pas m’asseoir sur un banc aux relents angoissants. Les bancs qui regardent les petits bateaux transporteurs de dénuements sont comme des éponges à tristesse, si on les presse il sort d’eux une liqueur obscène qui colle aux doigts et nous empêche de rencontrer la jaillissante vierge venue du ciel.

J’ai ramassé les petits bateaux parce que je ne voulais pas les piétiner, les écraser, ni les détruire. Mes doigts sont devenus tout noirs, plein de rancœurs indélébiles mais je ne m’en suis pas aperçue tout de suite parce que l’eau qui coulait de mes yeux m’empêchait de voir Les larmes étaient piquantes et amères, j’ai voulu essuyer mes yeux avec mes mains et je me suis brûlée les yeux. Mais il fallait bien ramasser les petits bateaux pour ne pas sombrer avec eux !

Moi ce que j’aime c’est marcher sous la pluie claire, me tremper de la tête aux chaussettes, sourdre de partout comme une fontaine débordante de flots bruissant.
Mon avenir est tellement dépendant de cette manne qui épure le souvenir de ma ville saumâtre et éventrée.

Les canaux creusaient les trottoirs, étaient des affluents qui menaient à la mer et j’embarquais avec mes sacs remplis  de rêves encore humides, d’imaginaires  fabuleux.
Je chantais, je dansais, je me prenais pour un voilier en partance pour l’éternité. Loin…Loin…Bien au-delà de ma rue sanglante.

Je ne savais pas que mon voilier d’amour pouvait devenir un petit bateau en papier buvard ! Je croyais que c’était doux la pluie ! Ça coule dans le cou ! Sur la peau fragile des seins offerts et amoureux ! Je croyais que l’eau fraîche ne transportait que des matins clairs ! Mais l’eau trop sale a raidis mes cheveux et recouvert mon cœur d’une gangue sombre, plaquer l’étoffe fine de ma robe de noce à mes jambes légères.
Je ne croyais pas que les petits bateaux noirs pouvaient coller définitivement aux doigts des enfants des rues.
Que peut-on savoir à quinze ans ? Quand un grand paquebot vous offre la croisière ?
Que peut-on savoir à quinze ans du danger d’un embarcadère ?

mardi 15 octobre 2013







Errance


Voiles trouées
Coque meurtris,
Le sel érode les planches  disloquées
Le vent criard m’a démâté.

Errance sans fin
Parcours sans piste
Vogue fantôme
Dans mes nuits

Les vagues arrachent
Des cris stridents
De ma carcasse démantelée
Et je me tais.






lundi 14 octobre 2013



proposition d'écriture  de Pascal Perrat atelier d’écrite virtuel

 

 

Son héros venait de se marier quand elle mit un point final à son roman.


Cela lui avait coûté de devoir s'en séparer à la dernière page.
Depuis, elle ne parvenait pas à s'en remettre.


 


Elle marchait de long en large dans sa chambre, prenait un stylo et son vieux cahier, elle ne se résoudrait jamais à écrire sur un clavier d’ordinateur. Son bonheur, c’était le papier, l’encre qui filait jouait, flux et reflux de vagues bleues exaltant son inspiration, goélette au vent du large.
Elle avait bien pensé faire de son héros un marin amoureux des flots, fougueux comme l’écume. Elle  le voulait grand et halé ; la peau tannée par les embruns. Un torse fier bravant le  soleil.
Un mâle solitaire dédaignant les appels de sirènes.
 Pourtant, un matin de tendresse,  elle laissa sortir de sa plume distraite une créature  inconnue des hommes, une femme mirifique au corps svelte, à la chevelure  dorée et fine entremêlé d’algues pourpres. Sa peau réfléchissait des fragments de lumière, à chaque ondulation cette créature vibrait, se métamorphosait et resplendissait, lançant des appels muets brillants comme  la nacre
Lui si prompt à tourner le dos à toutes les enchanteresses se laissa prendre dans les filets de cette séduction.







La plume courait sur le papier, l’encre coulait en nappe d’azur, couvrait de signes souples la page qui se mouvait sous l’assaut des  marées



Angélique (c’est le nom de l’écrivaine) se laissait aller avec la houle, balançait sa chaise comme un voilier, se levait pour mieux reprendre souffle, rejetait ses cheveux sur sa nuque en sueur.



Le héros profita de l’instant où elle ouvrait sa fenêtre afin de contempler le soleil couchant, pour plonger dans les vagues et épouser sa Sirène.







Angélique resta là effleurant  sa page blanche .naufragée dans ce vide incertain.



Elle scrutait la feuille, cherchant la vague qui avait engloutis son rêve. Ses doigts tremblaient sur ce désert blanc. Telle une aveugle elle palpait le néant.



Elle décida de  jeter l’ancre, de laisser son navire s’envelopper de coquilles puis couler.



Mourir solitaire dans une mer de larmes.







  








mardi 19 mars 2013

texte d'atelier virtuel de Pascal Perrat , fantaisie !



Le printemps ce n'est que de l’esbroufe !
Du vent, de l’épate !
    Le moindre bosquet se hausse du bourgeon, la moindre pelouse se farde au
vert pimpant.
    Et le dernier des glands se prend déjà pour un arbre.."
.
et moi l’imbécile j’ai cru que c’était arrivé ! Et soleil, douces fleurs des champs, petits ruisseaux qui glougloutent. Mon romantisme se ragaillardi plus audacieux que jamais.
On sonne à ma porte, pas trop fermée d’ailleurs : «  tu viens faire une balade dans le bois gentil ?  » 
Vite, chausser mes bottes m’emmitoufler dans mon vieux polaire, on ne sait jamais….  Et hop ! On y va, siffler les chiens tout trépidants d’impatience ! En route.
Chantonner, aller devisant, marcher vite. Le soleil est déjà chaud.
« Crois-tu que les crocus sont en fleurs ? Regarde, les saules libèrent leurs chatons de miel »
Ôter le polaire, le nouer autour des reins, relever les cheveux, les retenir d’un bout d’élastique qui traine au fond des poches.
Les chiens gambadent, le ciel est enivré de nuages gris et roses qui volent à toute vitesse et se pourchassent.
Une flaque, réminiscence  des dernières pluies, une ornière sous les bois secs que le vent à jeter à terre,  et … vlan… tu n’as que le temps de m’attraper le bras pour éviter la chute inévitable.
Ton regard dans mon regard…
Tes grands bras me serrent plus fort, tu approches tes lèvres…
Mais, la raison me murmure : « Le printemps ce n'est que de l’esbroufe ! »

mercredi 27 février 2013





Vent d’amour



J’ai du vent dans la tête
Hissez les voiles J’ai tempête !
Marin d’amour chamboule et roule mon navire
Ta vague mouille mes soupirs
J’ai du vent dans le ventre, marin d’amour
Chamboule et roule mes désirs
Ton écume retient son flot brûlant
Le vent me saoule, chamboule et roule mes amours
J’ai du vent dans l’âme ! Et du vague au corps
Jette une pluie d’étoiles
Brise ta vague à ma coque de nacre
Tes doigts libèrent mes satins
Chamboule et roule les plaisirs !
Je viens mourir entre tes mains.
Je suis sirène sans retour. Arrache mes voiles,
Je meurs de  toi, brûlée de sel à l’aube de l’amour.