lundi 14 octobre 2013



proposition d'écriture  de Pascal Perrat atelier d’écrite virtuel

 

 

Son héros venait de se marier quand elle mit un point final à son roman.


Cela lui avait coûté de devoir s'en séparer à la dernière page.
Depuis, elle ne parvenait pas à s'en remettre.


 


Elle marchait de long en large dans sa chambre, prenait un stylo et son vieux cahier, elle ne se résoudrait jamais à écrire sur un clavier d’ordinateur. Son bonheur, c’était le papier, l’encre qui filait jouait, flux et reflux de vagues bleues exaltant son inspiration, goélette au vent du large.
Elle avait bien pensé faire de son héros un marin amoureux des flots, fougueux comme l’écume. Elle  le voulait grand et halé ; la peau tannée par les embruns. Un torse fier bravant le  soleil.
Un mâle solitaire dédaignant les appels de sirènes.
 Pourtant, un matin de tendresse,  elle laissa sortir de sa plume distraite une créature  inconnue des hommes, une femme mirifique au corps svelte, à la chevelure  dorée et fine entremêlé d’algues pourpres. Sa peau réfléchissait des fragments de lumière, à chaque ondulation cette créature vibrait, se métamorphosait et resplendissait, lançant des appels muets brillants comme  la nacre
Lui si prompt à tourner le dos à toutes les enchanteresses se laissa prendre dans les filets de cette séduction.







La plume courait sur le papier, l’encre coulait en nappe d’azur, couvrait de signes souples la page qui se mouvait sous l’assaut des  marées



Angélique (c’est le nom de l’écrivaine) se laissait aller avec la houle, balançait sa chaise comme un voilier, se levait pour mieux reprendre souffle, rejetait ses cheveux sur sa nuque en sueur.



Le héros profita de l’instant où elle ouvrait sa fenêtre afin de contempler le soleil couchant, pour plonger dans les vagues et épouser sa Sirène.







Angélique resta là effleurant  sa page blanche .naufragée dans ce vide incertain.



Elle scrutait la feuille, cherchant la vague qui avait engloutis son rêve. Ses doigts tremblaient sur ce désert blanc. Telle une aveugle elle palpait le néant.



Elle décida de  jeter l’ancre, de laisser son navire s’envelopper de coquilles puis couler.



Mourir solitaire dans une mer de larmes.







  








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