proposition d'écriture de Pascal Perrat atelier d’écrite virtuel
Son héros venait de se marier quand elle mit un point final à son roman.
Cela lui avait coûté de devoir s'en séparer à la dernière page.
Depuis, elle ne parvenait pas à s'en remettre.
Elle
marchait de long en large dans sa chambre, prenait un stylo et son vieux
cahier, elle ne se résoudrait jamais à écrire sur un clavier d’ordinateur. Son
bonheur, c’était le papier, l’encre qui filait jouait, flux et reflux de vagues
bleues exaltant son inspiration, goélette au vent du large.
Elle avait
bien pensé faire de son héros un marin amoureux des flots, fougueux comme
l’écume. Elle le voulait grand et
halé ; la peau tannée par les embruns. Un torse fier bravant le soleil.
Un mâle
solitaire dédaignant les appels de sirènes.
Pourtant, un matin de tendresse, elle laissa sortir de sa plume distraite une
créature inconnue des hommes, une femme
mirifique au corps svelte, à la chevelure
dorée et fine entremêlé d’algues pourpres. Sa peau réfléchissait des fragments
de lumière, à chaque ondulation cette créature vibrait, se métamorphosait et
resplendissait, lançant des appels muets brillants comme la nacre
Lui si
prompt à tourner le dos à toutes les enchanteresses se laissa prendre dans les
filets de cette séduction.
La plume
courait sur le papier, l’encre coulait en nappe d’azur, couvrait de signes
souples la page qui se mouvait sous l’assaut des marées
Angélique (c’est
le nom de l’écrivaine) se laissait aller avec la houle, balançait sa chaise
comme un voilier, se levait pour mieux reprendre souffle, rejetait ses cheveux
sur sa nuque en sueur.
Le héros
profita de l’instant où elle ouvrait sa fenêtre afin de contempler le soleil
couchant, pour plonger dans les vagues et épouser sa Sirène.
Angélique
resta là effleurant sa page blanche
.naufragée dans ce vide incertain.
Elle
scrutait la feuille, cherchant la vague qui avait engloutis son rêve. Ses
doigts tremblaient sur ce désert blanc. Telle une aveugle elle palpait le néant.
Elle décida
de jeter l’ancre, de laisser son navire s’envelopper
de coquilles puis couler.
Mourir
solitaire dans une mer de larmes.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire