mercredi 27 février 2013





Vent d’amour



J’ai du vent dans la tête
Hissez les voiles J’ai tempête !
Marin d’amour chamboule et roule mon navire
Ta vague mouille mes soupirs
J’ai du vent dans le ventre, marin d’amour
Chamboule et roule mes désirs
Ton écume retient son flot brûlant
Le vent me saoule, chamboule et roule mes amours
J’ai du vent dans l’âme ! Et du vague au corps
Jette une pluie d’étoiles
Brise ta vague à ma coque de nacre
Tes doigts libèrent mes satins
Chamboule et roule les plaisirs !
Je viens mourir entre tes mains.
Je suis sirène sans retour. Arrache mes voiles,
Je meurs de  toi, brûlée de sel à l’aube de l’amour.

lundi 25 février 2013







L’alambic




Ma chère Angélique,

Ma demande risque de te paraître étrange. Mais j’ai trouvé, dimanche, dans un vide grenier du village voisin, un alambic. Je n’ai pu résister au bonheur de l’acquérir. J’ai dû marchander, bien sûr, pour l'enlever à un prix raisonnable.
Il est en cuivre, un peu cabossé et j’ai passé toute ma matinée de lundi à le frotter pour lui rendre son bel éclat. Au fur et à mesure jaillissaient de ses reflets de feu nos souvenirs communs.
Te souviens-tu de l’été que nous avions passé avec quelques amies dans cette vallée pyrénéenne si retirée du monde ? Tant d’années déjà ! Pourtant je me rappelle que dans la grange délabrée du père Octave se trouvait un alambic identique à celui que je viens d’acheter.
Un samedi, à la mi-août tu avais disparu durant les heures chaudes de l’après-midi profitant de l’engourdissement général. Je ne sais ce que tu avais concocté, mais le soir tu nous as servi à toutes un breuvage « magique » Je me souviens, tu avais organisé une grande cérémonie. Avais revêtue ta robe de soie pourpre, coiffée tes longues mèches de façon baroque, fleurs tressées, rubans flottants, parfums d’encens et de santal ! De nombreux bracelets tintaient à tes poignets et à tes chevilles si fines. Tu chantais ébauchant quelques pas d’une danse incantatoire et secrète.
Tu as donné à chacune un gobelet en métal précieux joliment ciselé dans lequel j’admirais l’éclat de tes yeux sombres. Tu passais devant nous et remplissait tour à tour nos chopes en prononçant des syllabes que nous ne savions pas traduire.
Je me souviens de l’odeur forte de la liqueur, elle nous enivrait avant même que nous l’ayons portée à nos lèvres.
Je crois qu’ensuite nous nous sommes misent à chanter toutes ensembles dans une langue inconnue ! Jusqu’au matin nous avons bues et psalmodier avec Jim Morrison ! Échangeant nos robes décoiffant nos boucles, dévorant les dernières fleurs du jardin, conversant longuement avec les chats qui paressaient sur les coussins brodés de perles et les matelas de taffetas multicolores !
Je dansais avec Juliette qui n’avait plus sur sa peau brune que sa fine chemise d’indienne moirant ses formes rondes et parfaites, comme je l’enviais alors, moi qui ressemblais à un chat écorché !  Les murs de la chambre s’étiraient comme des arcs-en-ciel crémeux.
Je crois que cette nuit-là nous sommes passées dans la huitième dimension, là où les mondes s’interpénètrent, s’entrelacent, nous propulsent fusées d’amour, au-delà de nous-même.
J’ai longtemps cherché la recette de cet élixir aux relents poivrés ! J’ai essayé quantité de formules sans succès.
Chère Angélique, si te souviens des ingrédients que tu avais assemblés alors, en alchimiste frôlant l’absolu ? Maintenant, que j’ai moi aussi, un alambic nous pourrions relancer nos soirées mémorables
J’attends ta réponse avec impatience et je t’embrasse délicatement au creux du poignet.

Ta belle de nuit.

 


Réponse d’Angélique,


Chère Eléonore,
Je n’avais utilisé alors que la gnôle du père Octave dont j’avais retrouvé une vieille bouteille derrière le tas de bois sec au fond de la grange. Des feuilles de menthe sauvage et des racines sans nom précis que j’étais allée cueillir près du torrent dévalant notre jardin. Tout le reste de l’alchimie c’était nos vingt-cinq ans, la musique de Jim Morrison et notre fol espoir en un monde meilleur fait de paix et d’amour.

vendredi 22 février 2013


 je marche ?

Non, je ne peux plus marcher, c’est trop dur. La terre est froide, la terre est mouillée et moi j’avance… mais je ne veux plus avancer. C’est trop dur.
Je vais, les yeux ouverts et je vois le noir.
Je vais, et je te vois souffrir, je vais et je t’entends pleurer.
Je vais et je ne sais pas pourquoi.
Il parait que la vie est belle et qu’il faut chanter ? Je veux bien le croire, mais je n’y arrive pas. Je ne sais pas pourquoi. Le soleil se lève et je veux dormir. Le vent souffle les nuages, et le ciel est superbe. Je pleure. Et personne ne sait pourquoi, mais je tremble.
 Toi tu pleures et toi tu souffres, et moi je vais dans la nuit, sans cesse je cherche une raison, j’explore le pourquoi ? Mais je n’ai pas trouvé de réponse.
Je t’ai vu à midi encadrée dans ma petite télé , tu étais forte avec tes 14 ans brisés mais tu étais debout au milieu des massacres , et moi je ne peux pas marcher , et j’ai honte de ma faiblesse .
J’ai vécu, les pieds dans le sang des meurtris, les semelles trempées des larmes des supplices et je ne peux pas oublier. je porte le monde qui grelote de douleur. Et toute la misère dégouline dans mes veines, se dilue dans mon cœur et m’empoisonne.
 Je ne peux plus tenir debout.
Et je marche, et je vais et je souris, mais je n’en peux plus de cette terre qui sanglote, de ses larmes qui sèchent sur des joues d’affamés.
Je n’en peux plus de ceux qui se goinfrent de la souffrance et qui explosent leur ventre trop-plein de richesse.  Je n’en peux plus de l’injustice, et tout résonne dans mon cerveau  et je marche.
Je porte un peuple hurlant de douleur et je n’ai plus la force de le porter.
 




mercredi 20 février 2013

émotion devant une robe Égyptienne dans un musée



Voyage au-delà des temps

Je n’osais pas poser mes pieds sur le parquet, mes chaussures aux semelles épaisses crissaient sur la cire.
Je marchais sur la pointe des pieds, doucement, ramassée sur mon corps, enroulée dans mes épaules serrées.

Mon regard pivotait à peine pour frôler les objets précieux qu’une vitrine protégeait des éclats humains.
Un impressionnant respect soufflait comme un vent qui figerai les choses, comme une respiration qui ne se ferai qu’imperceptiblement, sans bousculer la moindre molécule.
Il fallait presque fermer les yeux pour mieux voir, pour sentir cette atmosphère intense embaumée d’ambre et de poussière.
J’avançais de salle en salle, passant sous des portiques décorés d’or, de rinceaux anciens et de stuc reblanchis.

Des hommes invisibles étaient statufiés sur des tabourets métalliques recouverts de molesquine. Rien ne les distinguait des murailles grises, si ce n’est l’écusson brillant qu’ils portaient agrafé au revers gauche de leur veste, indiquant qu’ils étaient chacun attaché à leur salle. Qu’ils faisaient, chacun, parti de cet ensemble muet qu’ils gardaient comme des chiens fidèles et tutélaires. Protégeant leur domaine où reposait la mort élevée au rang de divinité.

Des masques hurlaient dans le silence de leur cage de verre. Les bijoux étincelaient, sans émettrent aucun son. La matière devait pourtant vibrer et s’agiter ; mais l’immobilité régnait, gouvernant ce monde hors du monde.
Ma compagne d’errance me murmurait à voix basse des commentaires qui s’enfouissaient et fondaient en moi comme des flocons sur de la plume tiède.
Les yeux rivés d’un scribe nous perçaient de son regard vif. Je baissais la tête.
Les dieux aux oreilles de chacal, aux sourires énigmatiques de chats, déployaient devant moi leurs ailes immenses au vol silencieux.
Sur les bas reliefs, des hommes s’affairaient, des femmes enfantaient, pétrissaient le pain, marchaient sur la tête, ou ajustaient des parures étranges en forme d’ibis sacrés.

Du fond du sarcophage elle me fixait de ses grands yeux écarquillés accentués de noir troublant. Un infime sourire remontait les commissures de ses lèvres fermées, ses pommettes rondes et hautes lui donnaient cet air enfantin et insouciant qui contrastait avec l’austérité de sa personne.
On la devinait belle, poitrine bombée, taille marquée, visage immuable au tracé parfait.
Qui était-elle pour m’interroger ainsi ? Pour me happer sans bruit ? Pour ensevelir en moi tout mouvement, toutes pensées, avant même qu’ils furent ébauchés.
Je devenais son double dans le sépulcre de l’inconnu. Je descendais plus profond dans son monde, je voulais embarquer pour la rejoindre sur l’autre rive, au-delà des espérances, des désespoirs, au-delà de toute possibilité de retour.

Je fis un pas, un pas seulement vers la droite, et là, elle m’attendait dans cette vitrine à demi obscure, la robe de lin était étalée avec son plissage intact. Je m’absorbais dans le tissage grossier, je me perdais dans la trame si ténue qu’un souffle aurait suffi à la faire s’abîmer en poussière. J’observais les plis, les traces du nœud qui attachait l’étoffe à la taille.

Alors je me vidais de toute substance, je n’étais plus que coquille prête à se briser.
J’étais béance.
C’est à ce moment précis que les larmes chaudes qui coulaient sur mes joues me ressuscitèrent au monde palpable.

mardi 19 février 2013



vibrations



Saisir le tourbillon, le premier rayon du matin ;
S’enrouler dans la volute et chanter l’aurore.
vibration à la cime du saule

Les pieds nus devinent la pluie
Crachotent des éclaboussures ;
La glaise douce glisse, excave chaque pas

Plaisir de terre, matin qui couve
Je peux porter la lampe sans trembler
J’ouvre mes bras, observe, vénère le jour nouveau,

Ouvre dans mon cœur insoumis une brèche infime.
Je retrouve la voie tracée dans l’argile
La longue marche jusqu’au prochain exode