Le cri d’E. Munch.
Crier, hurler,
pourquoi ? Pour qui ? Pour dire j’ai mal ! J’ai peur !
Le papier cri,
la douleur m’affole.
Effarement…Est-ce
possible ? Tant d’expression…Je ne vois plus rien ! Elle est aveugle,
moi aussi.
Pas de regard,
un cri !
Le feu, la nuit.
Hurlement qui déchire, embrase le papier, le cœur, le ventre.
Les yeux sont
dedans.
La couleur implore,
larmes de sang.
Vivre,
pourquoi ?
Deux hommes
marchent. La route est infinie. Je suis là… figée… hurlante et muette tout à la
fois.
J’ai tellement
peur, j’ai tellement mal.
Surtout, ne rien
montrer. Les yeux sont morts. Le regard est dedans.
Le sang sur la
route, il sèche, mais le ciel mitraille du soleil. La clarté partout. Elle me
rassure, elle m’épouvante. Elle infuse la vie, elle distille le passé. Eclair
fulgurant qui tue.
Mon enfance ne déchiffre
pas le tableau qui hurle. Je ne saisi pas le peintre qui à ce point peut dévoiler
ce que je ne peux que percevoir.
Je ne veux plus
entendre crier la toile qui plaque ses mains sur ses oreilles. Je veux courir
mais comme dans les rêves toute fuite est impossible.
Le cauchemar m'enserre.
Partout la vie se répand, autour, dedans, tout se crée, tout ce construit, se confond.
Le monde vibre,
bouge, rampe s’enroule, rien n’est chaos pourtant ; seulement le cœur qui
bat dans tous les sens. L’émotion qui cogne contre sa cage !
Mais rien ne
parait.
Il faudrait une
grande vague, il faudrait du blanc, il faudrait de l’écume !
Pourquoi n’as-tu
pas exhalé une grande vague Edouard Munch ?
Pourquoi ?
Tu aurais pu
sauver ma vie !
Tu aurais pu sauver
ma joie de vivre.
Mais non, tu as
préféré peindre une plage de sable noir, une mer obscure et glauque, sans
profondeur, une mer qui englouti, étendue d’algues carnassières !
Pas de jardin,
pas de fleurs, pas de tendresse ni d’amour, rien qu’un monde de reptiles ensanglantés !
Ton tableau n’a
pas de parfum.
Il n’a qu’une
odeur poisseuse ; une odeur qui imbibe le souvenir ; un relent
inoubliable de cave humide et de néant. La même émanation vireuse qui s’échappe
de l’animal traqué au dernier instant. Tout va finir.
Mais non ! Elle
va rester là, avec ses yeux à l’intérieur. Elle est condamnée. Avec ses mains
serrées sur les oreilles pour ne pas entendre, et moi je m’entête là, à la regarder
hurler, condamnée comme elle.
Mais le cri est incrusté,
la blessure est sournoise. Je marche dans ma souffrance, je piétine
inlassablement dans la plaie écartelée et chacune de mes déchirures va grossir
sa douleur.
Je vis et je
porte l’enfant qui pleure, obscurément, douloureusement. Mais rien ne se voit.
Ne rien montrer.
Crier seulement sur le papier.
Hurler dans le
silence et puis sourire, vivre, aimer. Croire que tout peut avoir une fin et
qu’un jour Edouard Munch !
Ton tableau ne
voudra plus rien dire.

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