lundi 18 février 2013






Le cri d’E. Munch.


Crier, hurler, pourquoi ? Pour qui ? Pour dire j’ai mal ! J’ai peur !
Le papier cri, la douleur m’affole.
Effarement…Est-ce possible ? Tant d’expression…Je ne vois plus rien ! Elle est aveugle, moi aussi.
Pas de regard, un cri !
Le feu, la nuit. Hurlement qui déchire, embrase le papier, le cœur, le ventre.
Les yeux sont dedans.
La couleur implore, larmes de sang.
Vivre, pourquoi ?
Deux hommes marchent. La route est infinie. Je suis là… figée… hurlante et muette tout à la fois.
J’ai tellement peur, j’ai tellement mal.
Surtout, ne rien montrer. Les yeux sont morts. Le regard est dedans.
Le sang sur la route, il sèche, mais le ciel mitraille du soleil. La clarté partout. Elle me rassure, elle m’épouvante. Elle infuse la vie, elle distille le passé. Eclair fulgurant qui tue.
Mon enfance ne déchiffre pas le tableau qui hurle. Je ne saisi pas le peintre qui à ce point peut dévoiler ce que je ne peux que percevoir.
Je ne veux plus entendre crier la toile qui plaque ses mains sur ses oreilles. Je veux courir mais comme dans les rêves toute fuite est impossible.
Le cauchemar m'enserre. Partout la vie se répand, autour, dedans, tout se crée, tout ce construit, se confond.
Le monde vibre, bouge, rampe s’enroule, rien n’est chaos pourtant ; seulement le cœur qui bat dans tous les sens. L’émotion qui cogne contre sa cage !
Mais rien ne parait.
Il faudrait une grande vague, il faudrait du blanc, il faudrait de l’écume !
Pourquoi n’as-tu pas exhalé une grande vague Edouard Munch ?
Pourquoi ?
Tu aurais pu sauver ma vie !
Tu aurais pu sauver ma joie de vivre.
Mais non, tu as préféré peindre une plage de sable noir, une mer obscure et glauque, sans profondeur, une mer qui englouti, étendue d’algues carnassières !
Pas de jardin, pas de fleurs, pas de tendresse ni d’amour, rien qu’un monde de reptiles ensanglantés !
Ton tableau n’a pas de parfum.
Il n’a qu’une odeur poisseuse ; une odeur qui imbibe le souvenir ; un relent inoubliable de cave humide et de néant. La même émanation vireuse qui s’échappe de l’animal traqué au dernier instant. Tout va finir.
Mais non ! Elle va rester là, avec ses yeux à l’intérieur. Elle est condamnée. Avec ses mains serrées sur les oreilles pour ne pas entendre, et moi je m’entête là, à la regarder hurler, condamnée comme elle.
Mais le cri est incrusté, la blessure est sournoise. Je marche dans ma souffrance, je piétine inlassablement dans la plaie écartelée et chacune de mes déchirures va grossir sa douleur.
Je vis et je porte l’enfant qui pleure, obscurément, douloureusement. Mais rien ne se voit.
Ne rien montrer. Crier seulement sur le papier.
Hurler dans le silence et puis sourire, vivre, aimer. Croire que tout peut avoir une fin et qu’un jour Edouard Munch !
Ton tableau ne voudra plus rien dire.




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