Rouler dans un train noir !
Surgir, brûler,
mourir, partir sans semence et sans idées. Disparaître, trouer le ciel d’un
seul élan. Féconder mon amour jamais revenu, perpétuellement déchu. Grimper, déchirer
le berceau, le bleu, la mort et m’enfuir avec toi ! Habiter le ventre du
dragon.
Il souffle, il rugit,
il est rouge et ardent, il déplie ses ailes de soie et de plumes, il est plus
violent que le vent du nord.
Ramper, pour fouiller
le plaisir et la mort. Dans les braises du feu qui s’éteint, je vais pêcher des
hommes aux yeux sombres. Je veux mourir encore et m’arracher la peau.
Ne rien laisser
à cette terre ingrate qu’un matin de sanglots et qu’une nuit d’amour.
Cueillir les
mots à la cime du couteau, aiguë et tranchant. Les mots sont de sang, et je
nage dans le sang des mots ; comme le toréador maîtrise le taureau à
l’instant de la mort !
Pourquoi ?
Pourquoi, toujours et toujours me transpercer le cœur à grands coups de
douleur ?
Ma mère est plus
encore souffrante que vivante elle porte un peuple d’anges aux ailes
déchiquetées qui traîne des romances sans cesse répétées, sans cesse rabâchées transportées
par le vent. Mais maintenant elle meure, sa tête n’a plus d’orage, ses yeux
s’éteignent. Elle n’est plus qu’épouvante et je regarde à peine ses vieilles
mains qui tremblent sur mon cœur.
Je vais prendre
un train de nuit, sans fenêtres ; et sans bruit je vais monter dedans
puisqu’il était pour moi et que je suis en vie.
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